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Les vagabondes du balai

 


Le lendemain de la fête (FELETO, voir www.lagsus.de): le 16 septembre 2007.




Interview avec trois jeunes femmes, mariées dans la localité de Benomba, à 12 km de Biankouma, mères de famille en partie.


 


Foto 1


 














Les vagabondes du balai


De gauche à droite:


Mme Zoh Mireille : originaire de Gaoté, âgée de 27 ans,        ménagère.  = F1, mariée à B. depuis 15 ans, sans enfant


Mme Sahi Emile // Germaine: originaire de Kpata, âgée de 30        ans, ménagère. = F2


Mme Fama Pélagie : originaire de Nimbo, âgée de 32 ans,  4 enfants      ménagère



Foto 1




Nr. 1




Nr. 2


Nr. 3



M. Thomas Bearth : Suisse, Prof. de linguistique générale


Mlle Geneviève Singo : originaire de Nébou, chercheuse



 



 


 Fotos 2-4


 


SURVOL


 


En prise à la pauvreté absolue



Des femmes toura analysent leur vie dans l’après-guerre



PAUVRETÉ – QU’EST-CE ? Un fresque africain en dix tableaux



 



Préambule des concernées                                                                                 P1-31



A)   Les mieux loties de la génération contemporaine                           1-9



B)   Le cycle vicieux engendré par le manque d’argent                          10-49



photo :  Mireille, Pélagie



C)   La génération en amont : qu’avaient-elles en plus ?                                   50-62



D)   Le cycle vicieux engendré par l’économie du balai
– quemandeuses de feuilles de palme – proscrites et pourchassées
dans leur propre ethnie                                                                                  
63-91



E)   L’échappatoire : le raphia comme substitut du vin de palme         92-101



F)    La confection du savon à base de sève de palmiste:
Menace pesant sur le palmier à huile =
                                          Menace d’un savoir local ingénieux        
102-131



G)   La génération en aval – que leur restera-t-il ?
                                 L’enjeu durable de l’économie du balai                 
132-152



H)   Et les hommes ?  Quelle solidarité des sexes sur fond de pauvreté absolue ?         



I)     Une lueur d’espoir ?                                                                    


 


 


PHOTOS : CAPTURES D’ECRAN DE vcd


Photos insérées par TB à titre d’essai et d’exemple


A COMPLETER


 


 


ANALYSE: Cycles de pauvreté


Premier cycle: AMÉLIORER LES CONDITIONS DE PRODUCTION:


Plan /Intention des femmes :


Elles voudraient faire un champ de manioc pour


-          nourrir leur famille/leurs enfants


-          vendre le produit pour avoir un peu d’argent


Réalité :


Il n’y pas de récolte de café


Leurs maris n’ont rien pu leur donner


Elles n’ont pas d’argent


Pour avoir la main d’œuvre pour défricher le champ, il leur faut embaucher des gens qu’elles doivent nourrir et payer


Pour avoir un peu d’argent, elles vont faire quelques balais, donc détruire des jeunes palmiers.


Au bout, elles ont un peu d’argent, éventuellement, mais qui ne suffit pas pour faire le champ.


Même si elles mettent tout ensemble, cela ne suffit pas.




Effets :


La pauvreté reste. La survie est à peine assurée. Aucune amélioration n’est possible.


En attendant, l’avenir des enfants en qui elles espèrent, est gravement hypothéqué par celles-là mêmes qui mettent leur espoir en cet avenir mais en détruisent la base naturelle. 


 


Deuxième cycle: ASSURER LA SURVIE DE LA FAMILLE: IMPASSES


 


à suppléer




ENTRETIEN (fragments-clé)


 


Mireille


1  Nos semblables femmes ont des choses diverses.


2  Je crois qu'elles ont du matériel de travail.


3  nous ne pouvons cependant pas demander de machine décortiqueuse actuellement,


4  puisque les autres machines décortiqueuses qui étaient ici sont en panne.


5  et ne sont plus utilisées.


6  Car, quand on les utilise, les hommes du village détournent les recettes.


7  Donc tout ce que nous pouvons dire, c'est de demander que notre ami nous vienne en aide.


8  Afin que notre condition de vie s'améliore.


9  En nous aidant à mieux faire nos travaux.


11  Si tu restes au village tu n'auras pas d'argent.


T. Bearth


12  Si la femme et son époux se mettent ensemble


13  pour chercher des balais peuvent-ils en trouver en grande quantité?


Pélagie


14  On n’en trouve jamais en quantité suffisante.


15  Quand on s'y rend parfois,  


17  Quand on gagne mille francs c'est qu'on a gagné beaucoup d'argent.


18  Quand tu gagnes cinq cent francs CFA c'est que tu as gagné beaucoup d'argent.


19  Il est difficile d'atteindre des sommes d'argent comme mille cinq cent francs, deux mille francs ou même deux mille cinq cent francs CFA.


 Pélagie


20  Si tu vas au marché avec de la marchandise telle que le riz,


21  tu peux gagner deux mille francs CFA.


22  tu peux même gagner deux mille cinq cent francs CFA.


23  Mais s'il s'agit d'une marchandise comme le manioc sec qui est lourd à transporter,


24  le gain est presque insignifiant.


25  S'il s'agit des balais,


26  il faut que tu en fabriques, en fabricant,


27  cela peut prendre deux mois, si tu veux en avoir en grande quantité.


28  Si tu veux gagner deux mille cinq cent francs,


29  ou cinq mille francs CFA.


30  Dans ce cas tu devras en fabriquer pendant deux mois,


31  voire trois mois sans répit.


32  Mais si tu as urgemment besoin d'argent,


33  Tu ne peux pas les collectionner pendant longtemps.


34  Si tu en fabriques deux, tu es obligée de les vendre.


Mme Sahi


35  Pour avoir cent francs CFA.


Pélagie


36  Si tu en fabriques trois tu es obligée de les vendre.


37  C'est de cette façon que tu procèdes jusqu'à la récolte du riz.


Geneviève


38  Donc c'est à croire que le riz est plus rentable.


Les femmes (ensemble)


39  Il rapporte plus d'argent.


Mireille


40  Mais la culture du riz exige un rude labeur.


41  Si tu fais la culture du riz


42  et que les mauvaises herbes envahissent le champ,


43  Jusqu'à ce que tu débarrasses le champ des mauvaises herbes,


44  tu auras déjà dépensé beaucoup d'argent,


45  alors qu'il y a la pauvreté.


Pélagie


46  Il y a certaines herbes hautes comme cela (geste, voir vidéo) qui envahissent le champ de riz.


47  Après observation, tu vois que tu ne peux pas faire le nettoyage du champ toute seule.


48  Quand tu regardes combien coûte un groupe de travailleurs,


49  tu te rends compte que tu ne l'as pas.


50  Tu ne l'as pas,


51  alors tu abandonnes pendant quelques temps,


52  et tu te mets à chercher des balais.


53  Si tu gagnes deux cent cinquante francs, tu les donnes aux travailleurs.


54  Le temps qu'ils fixent une date pour se rendre dans ton champ,


55  tu t'emploies à trouver encore deux cent cinquante francs CFA.


56  Ainsi ils décident de la date définitive.


57  Pendant ce temps, les herbes continuent d'envahir le champ.


58  C'est cela notre vie quotidienne.


Mireille


59  Sans oublier que certains ont des enfants à l'école.


60  Tu as un enfant à l'école et il y a aussi le problème de la nourriture.


61  En cette période de vacances où les élèves sont au village,


62  tu as par exemple déjà récolté le riz précoce.


63  tu l'as déjà récolté


64  tu l'as même vendu,


65  afin que ton enfant aille à l'école.


66  Pourtant une fois que tu l'as vendu,


67  et que l'enfant est parti,


Geneviève


68  Votre vie actuelle,


69  quand vous l'observez bien,


70  et que vous la comparez à celle de vos mères,


71  après observation,


72  pensez-vous que la vôtre est meilleure? Ou bien


73  croyez-vous que votre condition est moins bonne comparativement à celle de vos mères ?


Mireille


74  Bien sûr, nous sommes vraiment en retard sur nos mères.


75  La vie de nos mères,


76  ne s'est pas faite dans la guerre.


77  La nôtre que nous sommes en train de vivre dans la guerre,


78  nous paraît encore plus misérable,


79  que celle de nos mères.


80  Elles, elles ont vécu une vie paisible.


81  Pour ce qui nous concerne,


82  nous n'avons pas d'argent,


83  et nous vivons dans la guerre.


84  Donc notre misère a de loin dépassé celle de nos mères.


85  A leur temps,


86  il n'y avait pas de richesse, mais les gens vivaient dans la paix et dans la joie.


T. Bearth


87  La matière première pour la fabrication du balai existe-t-elle encore?


Mireille


88  Les jeunes palmiers tendent à disparaître.


89  Pour en trouver,


90  il faut s'enfoncer de plus en plus loin dans la brousse.


Pélagie


91  Après une première exploitation, on laisse le jeune palmier grandir,


92  Quand il grandit, alors les feuilles se développent et deviennent larges.


93  En ce moment nous allons et nous coupons une branche ici,


94  et une autre là.


95  Et nous enlevons les feuilles.


96  Quand on a enlevé les feuilles et extrait les nervures, on peut avoir un balai.


T. Bearth


97  Les palmiers que vous exploitez...


Pélagie


98  nous les exploitons un par un.


T. Bearth


99  Les palmiers que vous exploitez n'appartiennent-ils pas à des gens?


Mme Sahi


100  Il y en a qui sont à des gens.


101  Les propriétaires vous interdisent de les exploiter.


102  Ils vous chassent de là.


T. Bearth


103  C'est donc difficile.


Mme Sahi


104  Et vous vous enfuyez pour aller exploiter les palmiers qui sont sur vos propres terres.


Pélagie


105  Quand ils vous trouvent après que vous ayez coupé les branches,


106  ils vous arrachent votre machette et ils vous ordonnent de les suivre chez le chef du village.


107  Alors vous y allez.


108  Du coup tu deviens une voleuse.


109  Pourtant, c'est parce que tu es pauvre,


110  que tu t'emploies à chercher des balais.




Mireille


111  Les régimes de palme?


112  une fois les branches coupées, les régimes ne se forment plus sur le palmier.


113  Les régimes de palme ne se forment plus.


114  Tous les palmiers dont nous exploitons les branches ne donnent plus de fruits.


Pélagie


115  On ne gagne donc plus de l'huile.


Mme Sahi


116  On ne gagne donc plus de l'huile.


117  A part la production des palmiers géants,


118  nous ne trouvons plus d'huile.


T. Bearth


119  Et le vin alors?


Mme Sahi


120  Le vin, on peut en avoir,


121  On en trouve.


122  On abat le palmier.


Mireille


123  Il faut nécessairement abattre le palmier avant d'extraire le vin.


T. Bearth


124  Si il n'y a pas de jeune palmier, il n' y aura pas de palmier géant.


Pélagie


125  Si il n'y a pas de jeune palmier, il n' y aura pas de palmier géant.


126  Il  n'y aura pas alors de vin au village.


127  Mais il y a le palmier raphia.


Mme Sahi


128  Il y a une autre espèce de palmier qu'on appelle palmier raphia.


Pélagie


129  Lui, on peut en extraire du vin sans avoir besoin de l'abattre, à l'aide d'un canari placé juste en dessous des branches.


130  et on puise le vin dans le canari.


T. Bearth


131  et on puise le vin dans le canari.


132  Qu'est-ce que vous utilisez pour la fabrication du savon?




Geneviève


133  C'est l'huile d'amande de palme.


Mireille


134  Oui, l'amande de la graine de palme,


135  Quand tu finis de faire cuire les noix de palme, et d'en extraire l'huile rouge,


136  tu fais sécher les graines,


137  ensuite, tu les casses pour en extraire l'amande que tu grilles pour la fabrication d'une autre huile.


138  c'est cette huile qui sert à la fabrication du savon.


T. Bearth


139  Il s'agit bien de l'amande?


Pélagie


140  Oui, la graine obtenue après l'extraction de l'huile rouge,


141  on la casse, et on en retire l'amande pour la mettre dans une marmite,


142  on la grille, et on recueille son huile.


143  après avoir recueilli l'huile, on abandonne les résidus.


144  Après cela, on brûle les résidus des cerises de café.


145  une fois ces résidus brûlés,


146  et devenus de la cendre, on rassemble les cendres,


147  et nous fabriquons un grand entonnoir.


148  ensuite, on reverse les cendres dans l'entonnoir,


149  et on va puiser de l'eau qu'on renverse sur la cendre.


150  Et on laisse l'eau couler de l'entonnoir.


151  Après cela, nous recueillons cette eau dans une cuvette.


152  Il y a des cuvettes pour ce type de travail.


153  Et on met la cuvette sur le feu et l'eau s'évapore.


154  On obtient alors une poudre qui permettra de faire du savon.


155  On obtient alors une poudre qui permettra de faire du savon.


156  Par la suite, on renverse la poudre dans l'huile d'amande de palme.


157  Et on mélange au fur et à mesure que le volume de la mixture augmente.


158  Quand on a fini de mélanger ainsi,


159  on recouvre la cuvette d'un couvercle afin que la mixture enfle davantage.


160  Une fois le processus achevé, nous obtenons du savon.


Mireille


161  Mais tout le monde ne sait pas le faire.


Pélagie


162  Seule celle qui sait le faire peut en fabriquer.


Geneviève


163  La raison pour laquelle nous le disons,


164  c'est que les jeunes palmiers sont en train d'être détruits.


165  Une fois qu'il n'y aura plus de jeune palmier, entraînant la disparition des palmiers géants,


166  Alors on ne fabriquera plus de balai,


167  et on n'aura aussi plus d'huile de graine de palme (huile rouge)


168  et plus d'huile d'amande de palme (huile noire.)


169  On ne pourra également plus avoir de savon.


170  C'est pourquoi nous parlons de la durabilité.


171  Si vous demeurez dans l'industrie du balai,


172  c'est cela qui va arriver dans l'avenir.


173  Plusieurs années après,


174  certains de vos enfants apprendront seulement que,


175  il existait une espèce d'arbre nommée palmier.


176  puisque, vous les auriez déjà tous détruits dans la fabrication du balai des décennies avant.


177  On en parlera alors au passé.


178  C'est pour cela que nous parlons de durabilité.


Mireille


179  Il est impossible que les palmiers disparaissent tous.


180  Mais nous notre volonté est de trouver un substitut,


181  pour en faire notre source de revenu,


182  afin que nous abandonnions l'exploitation des jeunes palmiers,


183  pour qu'ils deviennent des palmiers géants qui vont garantir la continuité de la production de l'huile.


184  Quand nos maris vendent le café,


185  ils nous aident.


186  Mais à ce moment de l'année, ils se disent que,


187  ce sont les femmes qui ont de l'argent.


188  parce que nous, nous pouvons fabriquer le balai,


189  nous pouvons aussi prendre le manioc sec pour aller le vendre.


190  donc à cause de cet argent, ils peuvent nous demander


191  à nous les femmes de leur venir en aide dans cette période.


192  Il s'agit donc d'une entraide mutuelle.


 Geneviève


193  Quand vous allez vendre dans ces conditions,


194  partagez-vous l'argent avec les hommes?


Mireille


195  Quel autre argent va-t-on leur donner


196  puisque le plus important c'est la prise en charge de la main d'oeuvre au champ ?


197  La question de la main d'oeuvre.


198  Une fois que tu as pu assurer la nourriture des travailleurs,


199  les hommes ne s'attendent plus à rien.


Pélagie


200  S’il a besoin d'argent,


201  et qu'il t'en demande,


202  Si tu as de l'argent, tu lui en donnes.


Geneviève


203  Donc ce n'est pas une obligation que tu fasses ton commerce,


204  et qu'il ait une part des revenus.


Mireille


205  Cela n'est pas une obligation, parce qu'il sait les conditions difficiles de ce commerce peu fructueux.


Pélagie


206  C'est ainsi que nous vivons au quotidien.


207  Ainsi va notre vie.


Mireille


208  Mais nous savons que ce n'est pas une vie heureuse.


209  Mais c'est vraiment pénible.