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Digest of local witness

Rapport LAGSUS-CODIV

Extraits de la rencontre de quelques responsables de la région toura (Côte d’Ivoire, région de l’ouest, Département des Dix-huit Montagnes) avec Gérôme Tokpa, environnementaliste et représentant de Precious Woods au Gabon
le 6 janvier 2009 à Man, au Centre Béthanie, de 20 à 22h
Interventions en langue toura traduites par Goh Soupou Mardochée
Responsabilité éditoriale : Thomas Bearth
Pour une synthèse de la réunion, voir le Compte-rendu ci-joint de G. Tokpa


Participants 
J.B. ou B.J. Joseph Baya, Chercheur LAGSUS, Man
G.A. Gbindé Alexis, agriculteur, Gaoté
G.T. Gérôme Tokpa, Environnementaliste, Gestion des forêts tropicales, Gabon
G.B. Gouessé Bouh, Président des CODIV, chargés de la surveillance du Parc National
S.S. Siaba Sidiki, Chef de village, Yenggbesso
S.R.L. Samouka Rémi Loua, instituteur, Biankouma, orig. de Gbéhigui
G.S.M. Goh Soupou Mardochée, Responsable Alphatoura, Man
Gilbert Bakayoko, Responsable de l’alphabétisation en langue toura, Alphatoura, Man
Guéhi Alphonsine, Présidente de l’Association « Lomèkè », Yenggbesso
Monsia, Diomandé Fan, Collaborateur LAGSUS, Alphatoura, Sonorisation
T.B. Thomas Bearth, Professeur de linguistique générale, Université de Zurich


+++


« Protéger l’environnement coûte cher. Ne rien faire coûtera beaucoup plus cher. »
Kofi Annan, Ancien Secrétaire Général des Nations Unies


Présentation du thème
Thomas Bearth




Que notre génération peut-elle faire pour échapper au péril écologique qui menace l’avenir des générations futures au pays toura ?
Il était une fois un vieux Toura. Il était le plus vieux de tous en son temps. Il habitait le village de Douolé. Son nom était Gondo Zia. Nous – l’équipe LAGSUS locale – l’a interviewé en 2005, peu avant sa mort. Voici ce qu’il a dit : Prenez soin de la forêt.


 



 


Le jour où la guerre a éclaté, un ami m’a dit : Notre pays est en péril.
A l’issue de la guerre, la région toura se trouve face à différentes menaces, dont celles  qui pèsent sur l’environnement.  Elles se présentent principalement sous trois formes :




  1. L’exploitation sauvage de la forêt :
     



  2. La destruction des palmeraies naturelles par le commerce des balais : 



  3. Le pillage et la destruction du Parc National du Mont Sangbé (PNMS) :


-> Documentation photographique


 


Nous savons ce qui se passe, mais nous ne savons comment faire cesser la destruction du patrimoine d’un peuple, voire d’une nation. C’est de cela que nous parlera l’orateur de ce soir, M. Gérôme Tokpa. Né ici, il exerce son activité professionnelle au Gabon. Je lui souhaite la bienvenue et le remercie d’être venu pour partager avec nous son expérience.
+++
T. B., s’adressant à G.T.:Exprimez-vous dans votre langue maternelle.
Samouka Rémi Loua:     Tu as raison.
[Rire]
Gouessé Bouh:
Si tu t'exprimes en français, nous allons tous comprendre.
Gérôme Tokpa: Je vais alors parler en français. Excusez-moi.
Plusieurs:
D'accord, nous allons comprendre -de toute façon-
G.T. : D'accord. D'accord. Moi, je suis du territoire Goh.
[Rire]
G.T. :
Je vais m'exprimer en français pour que ma camarade-ci comprenne ce que je vais dire.
[Voir è Compte-rendu de G. Tokpa (ci-joint)]





Intervention de Gbindé Alexis
Je remercie mon ami Gérôme. Ce qu'il vient de dire, ... ce qu'il a dit, dans cette région de Man, je dirai que ... Ici dans la région de Man, ... Le cas de figure qui se présente à nous ici, le premier c'est que les exploitants de bois viennent ici. Quand ils abattent des arbres, ils ne font pas de tri. Mon ami, l'expérience du Gabon dont tu as parlé, l'arbre qui a un certain diamétre, qui est grand, c'est ce qu'ils coupent -là-bas au Gabon.
G.T. :
Oui.
G. A :
Mais chez nous ici, les exploitants de bois les coupent sans faire de tri. Après avoir coupé le bois, ils ne font pas un reboisement sur la terre sur laquelle ils ont extrait le bois. Une fois qu'ils abattent un arbre, la machine qui vient prendre le tronc d'arbre casse tous les petits arbres qui devaient prendre la relève. Et ils ne nous donnent pas de plants d'arbre pour que nous puissions faire le reboisement. Avant l'avènement de la guerre, mon ami Fan et moi étions en train de faire un projet. Nous avons fait une plantation de bois de teck dans mon village. (...) Le nom du projet est "" (nous plantons la forêt). C'est cela le nom de notre projet. Nous plantons effectivement la forêt. Ce que je peux dire présentement ... les bois que nous avons ici ne sont pas en grande quantité.
G.T. :
Oui.
G. A : Et encore, quand ils coupent les arbres, c'est sans réserve. Les exploitants dont nous venons de voir la photo, ça va un peu. Mais ceux qui sont sur le terrain d'exploitation présentement au moment oû je vous parle, ils sont arrivés dans mon village avant-hier. Même les arbres qui ont ce diamètre (trente centimètres environ), ils les coupent tous. Ils ne trient pas les arbres. Il suffit que l'arbre ait cette forme (30 cm environ) que ce soit du bois blanc, ou n'importe quel bois, s'agit-il du bois dur, pourvu qu'on ait à y rétirer une ou deux planches seulement - on le coupe. Celui qui l'achète ou celui qui l'a pris, ce que ça deviendra plus tard, ça c'est son problème. Ils font de tous les bois des planches. Alors, à l'analyse, on pense que d'ici cinq à dix ans …
G.T. :
Oui.
G. A : … nous n'aurons plus de forêt chez nous ici. Avec l'avènement de la guerre, les scieurs se sont répandus dans tous les villages. Chaque village a son groupe de scieurs. Un groupe de forestiers pour un village. Même nous qui avons notre village éloigné de Biankouma (chef-lieu de préfecture), ils sont présents chez nous actuellement. Tout simplement parce que tous les arbres qu'on pouvait trouver près de Biankouma, ils les ont tous abattus.
G.T. :
Oui.
G. A :
Alors quand c'est comme ça ... la guerre qui est survenue, ils ont tout dévasté dans notre contrée et on ne trouve plus d'arbres chez nous. Cette situation est grave pour nous. Actuellement, si tu ne..., le bois ... quand on travaillait pour le compte du parc Mont Sangbé, nous encouragions la population en disant : plantez des arbres, élevez la forêt. Maintenant, quand nous voyons ces choses, ça nous donne envie de pleurer. Il n'y a personne pour nous faire sortir de cette situation. ... Nous avions, au moment oû nous étions au Mont Sangbé, nous avions fait la sensibilisation et personne ne mettait du feu à la brousse. De nos jours, l'on met du feu à la brousse ; et même présentement, ils continuent de mettre du feu à la brousse. Nous défendions aux chasseurs de tuer les espèces d'animaux protégés pour que nos arrières petits enfants puissent voir ces animaux,
G.T. :
Oui.
G. A : Ils tuent les animaux et même leurs petits, les éléphants qui se trouvaient dans le parc Mont Sangbé. Quand ils les tuent, et après leur avoir ôté les défenses, le reste de leur cadavre reste là. Les buffles qu'on y trouvait, ils les ont tous tués. Les léopards qu'il y avait, ils les ont tous tués. Le léopard, après l'avoir tué, ils le dépècent, prennent sa peau et s'en vont. Quand celui qui mange de la viande découvre le cadavre laissé par les chasseurs, il prend une quantité de viande et s'en va la manger. Mais ils abandonnent le reste. Ils prennent la peau et vont la vendre. Quand ils rencontrent un hippopotame, ils le tuent. Beaucoup de chauve-souris qu'on trouvait dans la forêt près du Bafing, actuellement, quand on arrive sur le marché de Biankouma, ce sont des sacs de chauve-souris désechées qu'on y décharge pour les vendre. Ils ont tué toutes les chauve-souris. Cela étant, ceux qui travaillent au Mont Sangbé comme surveillants et délégués ne savent plus quoi faire dans ces circonstances. Pouvons-nous reprendre encore ce travail et atteindre le résultat que nous avions avant la guerre? C'est cette question ... Ceux qui détruisent cet acquis, nous les voyons. Que pouvons-nous leur faire quand on sait qu'ils ont des fusils. Mon ami Gèrôme, nous venons à toi pour que ... L'expérience du Gabon, ... l'astuce que tu vas nous montrer aujourd'hui ... Les gens du Gabon nous ont distancés, nous ne pourrons pas nous comparer à eux. Parce qu'ils ont tout mis en ordre chez  eux. Tout est correct. En Côte d'Ivoire, la population a augmenté et nous ... Actuellement, ... ceux dont nous avons enregistré l'arrivée pendant ces deux dernières années, les espaces vides qu'il y avait, qui faisaient naître en nous l'espoir de les voir devenir forêt un jour, que ce soit dans le département de Biankouma comme pour celui de Man, des forêts qui nous donneraient de l'air pur - les étrangers sont venus grossir la population. Que ce soit les propriètaires terriens ou non, certains jeunes fouguets de certains villages vendent la terre aux étrangers. Ces étrangers mettent le feu à la brousse, ... Cela dit, ceux (de ces étrangers) qui font des champs, ce n’est pas en soi mauvais. Cependant les Mossi qui sont venus, toutefois que l'occasion leur est donnée de faire des champs dans la forêt, ils font sécher tous les arbres qui sont dans leur champ à l'aide du feu. Donc quand on arrive dans la plantation des Mossi, les arbres secs s'étendent à perte de vue. Ils font sécher tous les arbres à l'aide du feu. Dont ceux-ci ne repoussent plus. Ce qui veut dire que l'espére d'arbre dont on a besoin, on ne l'a plus. Nous avons des champs ici chez nous. Que ce soit le cacao que tu plantes, que ce soit le café que tu plantes, tu laisses les arbres parmi les pieds de cacao ou de café. Mais pour les Mossi qui sont venus, seuls les bananiers sont des arbres dans leurs champs. Mais tous les autres arbres, autres que le cacao, ils les brûlent tous. Donc quand on arrive dans leur plantation, on y voit les arbres secs qui s'étendent à perte de vue. Cela étant, nous nous réjouissons du fait que tu sois notre fils. (il parle de Gérôme). Tu as fréquenté l'école et ton ... pour que le peu de travail que tu fais, tu puisses nous l'expliquer. Et nous aussi, à notre tour, nous irons apporter la conduite à suivre à nos parents. Le travail que nous faisions avant ... Tout à l'heure, tu as parlé du bois de teck, je ne sais pas pourquoi, mais dés mon jeune âge, alors que j'e?tais encore a? l'e?cole primaire, j'ai commence? a? aimer le bois de teck. Quand j'ai quitte? l'e?cole, j'ai fait une premie?re plantation de bois de teck de moi-me?me avant l'ave?nement du projet. J'ai plante? le bois de teck. Mais les parents disent que j'ai plante? "l'arbre des blancs", ... ils ont coupe? une grande partie de ces bois. Sinon j'avais de?ja? plante? cinq hectares de teck. Ils sont alle?s jusqu'a? bru?ler ce champ. Il n'est reste? qu'une petite partie qui est encore la? actuellement. ... Fan et moi. ... Fan et moi avons recommence?. Les pieds que nous avons plante?s, apre?s les avoir plante?s, la guerre est survenue la me?me anne?e. Nous avons plante? ces tecks en 2002. Bon, nous te disons bonne arrive?e. C'est bien que tu sois notre fils... toute ton e?nergie, ... Encourage-nous seulement et nous irons vers nos parents pour les sensibiliser. ...
G.T. : Ce que ...
Ce que tu as dit, tu l'a bien dit. Ce que ...
G. A : 




Ce dont tu viens de dire ici, nous l'apprenons comme ça ici aussi. Le gouvernement dit aux exploitants forestiers : si vous coupez du bois, plantez aussi du bois -pour remplacer ceux que vous coupez.P>
S. R. L : Il n'y a pas de suivi.


G. A : Mais quand ces derniers vont chez les autorités, ils signent des conventions là-bas. Mais une fois sur le terrain, ils coupent du bois, et sans dédommager la population, ils s'en vont. Nous ne voyons aucune autorité dire : est-ce que vous avez envoyé des plants d'arbres à la population pour que les jeunes gens les plantent?


G. B:
Ils ne le font pas.

Ils ne font pas cela.
GT: : C'est là que je voulais en venir
G. A : Voilà
G.T. : C'est à dire que si ...


Intervention de Gouessé Bouh


G.B. :
Avant que la guerre ne survienne, à partir de 1990, Baya Joseph que voici, le parc et ses alentours ... tout allait bien. Aucun Toura ne prenait le fusil pour rentrer dans la brousse et tuer les animaux. Nous passions dans les villages pour faire la sensibilisation. Tous les étrangers qui sont arrivés au village, leurs tuteurs devaient avoir leur nom. Ceux qui hébergent les étrangers sont au courant de cela. Que ce soit l'autochtone ou l'allogène, que personne ne prenne le fusil -pour aller à la chasse- Les uns et les autres respectaient cet interdit. -Nous avons dit encore- que les exploitants forestiers ne coupent pas nos bois qui sont ici gratuitement. Tout le monde en avait pris acte. Ce fut même un temps où les éléphants sortaient du parc pour aller dans la zone périphérique. Pour finir, il y avait des animaux qui ... là où ils étaient. Les animaux s'étaient multipliés. Les enfants qui avaient environ dix-sept à dix-huit ans, s'ils n'étaient pas en groupe de trois ou de quatre, ils ne pouvaient pas empreinter un chemin -dans le parc-. Parce que le parc est à proximité de notre village, la distance entre notre village et la borne du parc est de deux kilomètres. La grande voie qui descend constitue une autre limite... et cela va jusqu'à Touoba. Même s'agissant des grandes personnes, quand nous allions faire la sensibilisation, nous étions sur nos gardes. Sinon l'on ne pouvait pas se promener ça et là comme ça. Nous avions peur de rencontrer un éléphant. Et aussi un léopard blessé. Il y avait des léopards furieux. On les fusillait dans le but de les tuer et aller vendre leur peau. Mais en ce temps, il y avait un groupe et le projet dans lequel nous travaillions s'appelait AFVP (Association Française des Volontaires du Progrès). C'étaient les Blancs ... C'était une association. Et ce groupe, on le trouvait un peu partout. Il y en avait partout au Sénégal. Et ce sont eux qui sont venus et qui nous ont montré comment faire ce travail. Ils ont dit : si vous voulez une bonne gestion de ce parc, permettez à vos jeunes gens de suivre une formation pour savoir faire un poulailler, le bois de teck dont parlait tout à l'heure le frère Gérôme. S. R. L:
ça s'appelle teck
G. B: G.B. : Mais ceux de l’administration de notre parc n'étaient pas de chez nous. On faisait tout son possible (pour bloquer les dossiers de réforestation). Quand les gens avaient des dossiers avancés sur la plantation du teck, ils étaitent refusés sous prétexte que c’était une décision administrative. On ne faisait que nous brimer. Nous n'avions rien à dire …
G. B: …


… en matière de subvention


G. B:
G.B. : C’était la subvention. Voilà. C'était une prime tout simplement. Bien vrai, c'était une subvention, mais c'était aussi une prime. Le demandeur ne devait verser aucune quote-part. Quand la personne en charge voyait que les demandeurs ont commencé à faire leur dossier, il nous dit : Non, ce volet du travail est supprimé. Il met ce dossier de côté et il introduit autre chose.
G. A :
C’est ça.
G. B : C'est ainsi que nous avons commencé à nous indigner et avons dit : Comment se fait-il que cette affaire de prime et de subvention tantôt évolue tantôt s'arrête ? Quand certains parmi nous font leur dossier et demandent de créer une plantation de teck, quand le dossier est prêt, on nous dit que nous ne sommes pas là pour débattre de cela. On dit : Mettez ce sujet de côté. Pour un hectare, la subvention qui était de cent mille francs est de toute façon énorme. Quand on se réunit, on pose la question : Qu'est-ce que ce dossier est devenu ? Et on dit : Non, ne parlons pas de ça. Mais concernant la bananeraie, il en est bien question. Bien que cela n’était pas envisagé comme objet de subvention, l'on plantait donc des bananiers qui sont aussi en quelque sorte des arbres. Ils procurent de la nourriture. Pour ça, la subvention d'un hectare était de quatre vingt quinze mille francs ou quatre vingt dix mille francs. Ta part ... là-dedans, tu donnes trente mille francs comme quote-part. Et le tout fait un total de cent vingt mille francs. Mais quand la guerre a déclenché, nous, surveillants du parc, étions vus comme des gardes-forestiers. Parce que les rebelles se disaient que nous sommes des agents des Eaux et Forêts. Puisque leur travail et le nôtre était presque semblable.
G.T. : C'est ça.
G. B :


Pour cela les rebelles nous recherchaient. Je peux vous dire que moi-même qui suis assis ici, il s'est écoulé deux ans sans que je n'arrive à Biankouma. Alors que la distance qui sépare mon village de Biankouma ne vaut même pas cinquante kilomètres. J'avais peur parce qu'on disait ... toutefois que tu arrives ici (Biankouma), ce sera la fin de ta vie. Mais deux ans passés, j'ai pris mon courage à deux mains et je suis venu à Biankouma. J'ai commencé à poser des questions. Mais malgré tout, les rebelles me faisaient souffrir. Quand j'arrive au corridor de Soma, ils me posent la question : qui es-tu ? Et les gens me pointent du doigt disant : voilà l'un de ceux qui avant la guerre, dénoncaient, amandaient les gens qui tuaient les animaux. On relevait nos noms qui étaient sur nos badges et on allait les apporter aux rebelles. Comme ceux qui sont sur les différents postes de commandement sont des militaires de formation, ce sont eux qui disaient : non, ceux qui sont les vrais gardes des eaux et forêts, leur badge a une autre couleur. Mais ceux-ci ont pour emblème les animaux et les arbres. À partir de ça, les rebelles ont commencé à faire une différence entre nous et les gardes des eaux et forêts. Mais ceux d'entre eux qui étaient illétrés, une fois qu'ils t'arrachent ton badge, si tu n'a pas de chance, ils le déchiraient. Dieu merci, le mien n'a pas été déchiré. Car celui que j'ai croisé lorsque je venais de chez moi après avoir passé deux ans au village était un ancien militaire. Une femme m'avait montré du doigt disant que voici celui qui nous faisait arrêter et nous faisait subir des souffrances qui vient là. Le rebelle m'a saisi par le pan de mes vêtements et sommes allés au poste. Je dis : vous pouvez ... puisque je ne suis pas quelqu'un qui peut fuir. Quand nous y sommes arrivés, je suis passé de l'autre côté. Il dit : Madame ... laisse-le. En ce temps, on avait encore peur. Car disait-on, quand vous arrivez au corridor et qu'on vous dise : bon, tu peux partir, une fois que tu tournes le dos, on te tirait dessus. À vrai dire, j'ai eu du mal à quitter ce corridor. J'ai passé un long moment étant planté là. Je ne pouvais pas me déplacer. Mais j'ai retenu mon souffle et j'ai quitté les lieux. Alors si cela est ... de Dieu, et que cela a évolué, peut-être parce que celui-là est instruit. Mais après tout, Baya est venu après que nous ayons fait ces deux ans et nous a dit de faire la sensibilisation dans les villages de temps en temps. Mais la forêt n'est pas à détruire et on ne doit pas tuer ces animaux. Que les gens ne détruisent pas la forêt. J'ai fait une circulaire que j'ai envoyé à tous les chefs de village. Je leur ai dit que ces étrangers viennent détruire ce qui constitue notre richesse de demain. Dites-leur que la forêt est notre richesse de demain. Que celui de vous qui adhère à cette idée, qu'il signe le circulaire que je vous envoie. Il m'a dit que c'est bien. Je vous encourage à continuer. Ceux qui ont apposé leur signature, j'ai pris et gardé leur papier. Deux villages m'ont fait retourner leur papier. Il y a le chef qui est établi sur le gros village de Gouané et celui d'un petit village proche de nous, où est planté la borne du parc et qu'on appelle Tonpoudié. (...) Parce qu'il y en avait qui, une fois en possession de cette circulaire allaient les montrer aux rebelles qu'il y a quelqu'un là-bas qui dit de ne plus tuer les animaux. Que nous ne mettions plus le feu à brousse. Quand ils disaient ces choses comme ça, ils ne savaient pas qu'ils étaient en train de mettre le monde toura en retard et que cela était grave. ... je dirai même que notre ami Thomas est venu à Gouané, lui et Baya et nous y avons tenu une grande réunion. Nous leur avons demandé de nous trouver des ONG pour qu'elles nous aident. Mais comme les fusils continuaient à détonner dans les villages, c'est ce qui faisait peur à  beaucoup de personnes (investisseurs). Mais maintenant, ce n'est plus le cas. ça, nous le soulignons chaque fois. Nous allons de village en village en faisant la sensibilisation. Vous autres, aidez-nous. On tue les animaux en pagaille et de manière abusive. Votre aide que vous allez nous apporter, ce sera de contribuer à la création des plantations de teck. Sinon ce qu'Alexis a dit tout à l'heure est vrai. Une fois que ces Maliens coupent les bois, ils ne plantent rien en retour. Et cela est vrai. Ils ne le font pas du tout. Les arbres qu'ils abattent cette année, là où ils tombent, ils font sécher les arbustes et les herbes sur lesquels ils tombent. Et quand il y a un incendie, celui-ci ravage toute la forêt. Comme l'a dit le frère Gérôme tout à l'heure, la forêt disparaît et fait place à la savane. La forêt ne s'agrandit plus.


GT :
Oui.


G. B : Cela est une réalité un peu partout. ... je me suis levé pour aller visiter le parc. Et les endroits où on trouvait de la savane, il y a de la forêt maintenant. L'intérieur du parc qui était autre fois la savane est en train de devenir forêt. Mais tout autour du parc, c'est tout autre chose.


[Rire]


G. B: C'est vrai qu'on tue les animaux à l'intérieur du parc, mais on a quand même de la forêt là-bas. La savane y a fait place à la forêt. Voilà. ... Disons qu'il y a des endroit là-bas où le feu de brousse n'arrive plus pendant que le feu de brousse arrive dans d'autre. Mais maintenant ce qui fait que ... parle de cela de nos jours, ils disent que si vous voulez que tout cela cesse, faites tout pour que des ONG nous aident pour que nous plantions les arbres, le bois de teck dont on parle et faire l'élevage des animaux domestiques. Car si tu commences l'élevage des animaux domestiques, quand il est venu (leur chef hiérarchique), beaucoup de personnes avaient délaissé la viande boucanée. Ils élevaient le porc, le mouton. Nous disons que toutes ces choses sont tombées. ça s'est disloqué. Beaucoup de gens n'ont pas pu entretenir leurs bêtes. Quand il y a détonation de fusil, tout le monde prend la fuite. Il y avait certains des rebelles qui venaient prendre nos bêtes dans leur loge et s'en allaient. Quand tu vois quelqu'un armé de fusil dans ta bergerie, demain, tu ne pourras plus approcher ce lieu. Tu t'enfuis. Ce dont il est question et dont nous parlons présentement, comme notre frère Gérôme est présent, l'aide que nous sollicitons auprès de lui, qu'il nous mette en contact avec "les grands types" qu'il connaît , les armes, elles, se sont tues. Nous nous disons qu'ils ne tireront plus de fusil sur quelqu'un. Nous nous fréquentons eux (rebelles) et nous actuellement. Nous discutons entre nous sans problème. Nous disons : mais non, vous ... nous n'en avons plus besoin. Celui qui voudra faire son projet de création de palmeraie présentement, tu ne verras personne incendier ta palmeraie. Personne ne brûlera ta bananeraie. Si tu crées ta plantation de bois de teck, nous n'allons pas l'incendier. Ce qu'il y a maintenant n'engage que vous. Sinon nous ne pourrons pas dire qu'actuellement, un délégué peut mettre du feu à la brousse chez nous. ça c'est fini. L'exploitation du bois en vue de faire des planches, c'est cela qui fait que les exploitants détruisent le bois.


G. A :
Oui.


G. B : Parce que les arbustes qui ont cette grosseur, le samba qui a cette grosseur, c'est effectivement ce dont on se sert pour faire des planches. Nous avons un village qui est proche du nôtre, du nom de Touoba. La forêt qu'il y avait a été vraiment détruite. Quand on y arrive actuellement, il faut dire qu'avant, quand on y arrivait pendant que le soleil est à ce niveau, à savoir 16 heures, c'est l'heure à laquelle on libère les groupes de travailleurs dans le pays toura, à cette heure-là déjà, il faisait noir dans cette forêt. Une fois au niveau de cette forêt, ça donnait l'envi d'allumer le phare de son vélo. Et pourtant c'était sur la route qui traverse cette forêt pour aller dans mon village. Mais présentement, quand tu y arrives, le soleil te frappe et tu as la sueur tout le temps. Quand tu y arrives la nuit, ... Vraiment cela est difficile à accepter. Pour ce qui concerne la réalisation des projets, fais de ton mieux pour que les gens ... nous chercher d'autres, mais il est souhaitable que chez nous à Gouané ou même dans tout le territoire de Biankouma, ils y viennent et fassent un essai. La population va-t-elle accepter cela ou non, eux même le verront. Car on dit chez nous que c'est quand on s'approche de quelque chose qu'on connaît  sa dimension réelle. C'est quand on voit de ses propres yeux qu'on peut dire : oui, j'y suis arrivé hier, ils étaient en train de ... Le parc, présentement, je le matrise parfaitement, du côté des animaux, bien avant, ceux à qui nous avons donnés des subventions ... on les appelait ... Ils ne vont pas en brousse. Ils font l'élevage de poulet au village. Mais quand toutes ces choses ont cessé d'exister, ... Quand tu commences l'élevage de porc tout de suite, tu as un an et tu commences à gagner de l'argent. Alors qu'iras-tu chercher derrière les animaux en brousse. Quand tu mettras une torche sur ta tête et prendre le froid en brousse, comparer à l'élevage du porc ... Cela était ... un moyen de nous aider pour que ... faire l'élevage. Mais ce que je voulais dire, c'est cela. Ce que le frère Gérôme a dit sur la grosseur des arbres, j'ai remarqué cela chez nous pendant ces jours. Le bois qu'ils ont coupé a cette grosseur (petite). ça ne vaut même pas soixante voire cinquante cintimètres de diamètre. Ils ont fait un tas de dix grumes de bois d'iroko. Ce tas se trouve en bordure de la route. Je souhaitais que Baya et moi allions sur les lieux qu'il voit lui-même de ses propres yeux et qu'il le filme avec sa caméra. Les anomalies qu'on constate en allant de mon village à Touoba, un pont qu'on a, nous l'avons fait comme on le ferait au temps des travaux forcé parce qu'on n'avait pas autre alternative. Un jeune homme de Touoba s'appelle Georges, Wolé Georges.


S. R. L :
Oui.
G. B : Sa ... venue pendant ce temps, il était venu au village (?). On réunissait un grand groupe de jeunes gens qui tirait cette bille jusqu'à la rivière et construisait le pont. S'il y a un moyen qui existe, c'est ce qu'on prend et puis ... utilisons ceci pour faire cela. Je veux ainsi parler des projets. ça, ça ne consiste pas à aller en brousse. Ils ont tout fait, je dirai même que cinq mois se sont écoulés sans que ces exploitants n'arrivent dans ce village. Quand on y arrive et qu'on vous dise que ce sont des hommes qui ont fait ce pont de leurs mains, vous serez surpris. Tu ne le croiras pas du tout. Le tronc d'iroko qui fait ce pont, en ce temps, on a attaché une corde dessus pour le tirer. Parce que ... ça, ce n'est pas tuer les animaux en brousse. Ce n'est pas aussi ... Vous avez une ONG en appui et elle vous aide, puis nous réalisons le projet. Les délégués pourront dire aux villageois : vous êtes en train de bénéficier des aides des Blancs, pourquoi ne pas préserver ce patrimoine alors qu'ils nous font des dons ! Pour ce qui est de l'industrie du balai, nous avons commencé à sensibiliser les femmes sur les méfaits de l'industrie de balai. Il y a des palmiers dont après avoir coupé les palmes meurent. D'autres ne portent plus de régimes. Elles extraient les balais des palmiers. La séquence vidéo que nous avons vu ici, quand je l'ai regardé, vraiment, mon ami Thomas a dit tout à l'heure : mes mamans, excusez-moi. Mes mamans, excusez-nous vraiment. Quand le Toura dit : ka yʋ́ʋ́, il veut dire : je vous en prie. Abandonnez ça. Nous vous en supplions. C'est ce qu'on va leur dire. Il y a un endroit proche de mon champ, une fois quand je partais au champ, arrivé à cet endroit, les femmes avaient décoiffé le palmier qui était là comme le ferait un chimpenzé. J'en étais vraiment étonné. Parti de ces lieux, quand j'ai vu ces balais retirés de ce palmier avec les femmes, tellement que j'étais fâché, je n'ai pas su quoi leur dire dans un premier temps. Je dis : qu'avez-vous fait ainsi ? Vous qui êtes devant moi ici, si on vous prend par vos cheveux, et qu'on les arrache -comme ce que vous avez fait à ce palmier-, si on vous tire par vos oreilles, est-ce que vous serez contentes ? Ce que vous avez fait est mauvais. Je n'en suis pas content. Ce n'est pas du tout bon. Ne reprenez plus jamais ça. Quand les gens viennent, quand ... Entre vous, quand ils voient cela, ils disent : Travaillez-vous chez vous ? Frère Gérôme, sois le bienvenu.


G.T. :
Oui, merci.
G. B :
Je m'arrête là.


Complément d’information à propos du Mont Gba (Gbindé Alexis)


G. A: Bien, voici ce que j'ai oublié et que je veux ajouter 
Quelqu’un:
G. A:
Cela est comme si on le faisait exprès, ceux qui étaient dans les corridors, comme ils ne gagnent plus d'argent là-bas, nous avons une forêt classée du nom de Mont Gba, près du village de Santa. Et les rebelles, et les villageois eux-mêmes sont en train de détruire ce parc en y faisant des champs de riz. Mais la particularité de ces champs est qu'avant de les faire, pendant cette saison sèche, ils ne font que brûler la brousse. Donc le feu a détruit tout le parc.
S. R. L:
Ce feu détruit tout.
G. A :


Donc ils n'ont pas besoin de débroussailler leur champ. L'espace aménagé par le feu s'étend à perte de vue. Une personne peut avoir un champ de 10 à 20 hectares de superficie.


G.T. :
Cela se fait dans quel parc ?
G.A. ni S. R. L : Mont Gba
G. B :
Ce patrimoine est celui de la SODEFOR.
G. A :
C'est bien ça. Ce parc était devenu très joli.
S. R. L:
La limite partait de, quand on part du village de Dio, ça part de là
G. A:
C'est ça
[]


 S. R. L:  … .



… jusqu'au village de Somba en bas là-bas.
G. A: Comme ceux-là sont proches de Biankouma, et que les véhicules y vont, ils font la culture du riz, et une seule personne peut avoir cents sacs de riz paddy parfois. Après les pluies qui vont tomber bientôt, ils commencent la semence du riz, et cela, jusqu'en juin prochain. Un même cultivateur va couvrir toute cette période en labourant son champ. Le feu aura préalablement brûlé la forêt.
S. R. L: C'est ça.
G. A:
Voilà un des points qui montrent la gravité de la chose. Cet espace est totalement détruit. Ils ne débroussaillent pas leur champ. C'est le feu qui le fait à leur place. Donc partout où tu feras ton labour, ce sera l'étendu de ton champ. Cela peut aller au-delà même du Bafing.


Intervention de Sidibé Siaba




S. R. L:  




Qui d'autre veut intervenir ?




Sidibé Siaba :




Moi.




S. R. L : J'ai écrit mon nom avant toi.




S. S :




Comment?




S. R. L : 




J'ai déjà écrit mon nom avant toi.




S. S : .




C'est toi qui …




G.T. ni S. R. L: [rire]


S. R. L : Bon d'accord. Siaba, c'est ça non ?


S. S : Sidibé Siaba.


S. R. L : oui


S. S. :




Chef du village de Yengbéyaalé. Si je dis Yengbéyaalé, ne soyez pas étonnez. Tout à l'heure, nous regardions une carte géographique où il est marqué Yengbesso. Avant, notre village s'appelait Yengbesso. Comme dans ce village nous sommes tous Toura, c'est pourquoi nous voulons changer ce nom. Donc vous verrez sur certaines cartes géographiques que c'est Yengbesso. Bon mais ... mais ce qui se passe chez nous ...


S. R. L : est-ce que vous avez vu le Sous-préfet ?




Vous voulez changer le nom du village, est-ce que vous avez vu le sous-préfet ?


S. S :


Yengbéyaalé. Comment?


S. R. L: Est-ce que vous avez vu le sous-préfet?


     S. S : Non. Pas encore.


      S. R. L :  ça va pas ...


Si ce changement de nom est simplement dans la bouche comme ça ...


S. S : Bon, d'accord. Pour ce qui concerne la forêt chez moi, il y a beaucoup de choses à dire là-dessus. Tout d'abord quand nous étions enfants, la forêt, il en existait chez nous. Nous sommes près du fleuve Bafing. La forêt qu'on appelait la forêt du Bafing. Nous sommes situés dans la forêt du Bafing. Il faisait noir dans cette forêt. Quand on se promenait dans cette forêt, nous avions peur. Mais en ce temps-là, nous étions peu nombreux dans ce lieu. Bon, étant peu nombreux, nous avons voulu que les gens viennent peupler les lieux pour qu'on puisse ouvrir une route. Car nous étions éloignés un peu des autres. Pour cela nos produits pourrissaient sans qu'on ne puisse les vendre faute de route. Nous avons recu les tout premiers forestiers en 1980. Juste après la fête du nouvel an, ils ont fait leur première apparition. Les routes qu'ils faisaient nous donnaient la joie au coeur. Une fois qu'ils arrivaient dans les caféyières, ils passaient là-dedans. Cela nous réjouissaient. Nous ne leur opposions aucun refus au départ. Nous étions éloignés des autres campements. Mais de nos jours,


S. R. L : [Rire]


S. S :


La population est très dense maintenant. L'un des faits marquant encore,


S. R. L : n


Oui.


S. S : Nous qui y sommes, nous faisons la culture du café et du cacao. Avant de planter le café ou le cacao, alors qu'il y a des gros arbres là où tu veux faire ta plantation, nous cherchions des gens pour abattre ces gros arbres. Donc, de nos jours, la forêt qui reste est insignifiante. Tout est devenu presque savane.


Plusieurs :


C'est ça


S. S :


Le nombre de personnes que nous souhaitions avoir dans ce lieu en son temps, de nos jours, ce nombre est largement dépassé. La densité est plus élevée. Ceci fait qu'il y a un manque de terre cultivable. Donc ... et nous continuons avec ça. Quand ces gens-là viennent, quand ils abattent les arbres pendant la saison pluvieuse, …


[Rire]


S. S : … à la saison sèche, certains mettent le feu à la brousse. Et ce feu va jusque dans la forêt. Dans le temps, nous pouvions éteindre le feu dans la forêt. Mais de nos jours, personne ne peut venir à bout du feu de la forêt. Parce que quand le feu est dans la forêt, tu peux bien l'éteindre tout de suite. Mais il y a des racines d'arbres dans le sol. Pendant le passage de la machine, il y a des souches, des racines qui ont été enfouies dans le sol sur lesquelles il peut il y avoir du feu. Cet endroit n'est pas entre les montagnes où on peut avoir des ruisseaux dans les vallées ça et là. Quand on a un ruisseau ici, il faut parcourir une grande distance avant d'en rencontrer un autre. Ce qui fait que quand nous éteignons le feu la journée, la nuit, un autre incendie commence ailleurs. Et en ce lieu, l'on avait abattu un arbre pendant la saison pluvieuse. Et toutes ses petites branches ont séché. De nos jours, ce qui nous aide, ce que je pense et qui pourra nous aider, et que je vous demande de nous soutenir à le faire, le grand frère Baya, ce sont eux qui sont en train de nous aider. Il apporte un projet de reboisement chez nous. Celui de la culture de l'amandier. Là-bas où nous sommes, beaucoup ont commencé la création de plantation d'amandiers. Beaucoup d'autres font la culture de l'hévéas. Pour moi, dans mes remarques, ce qui peut faire ressurgir la forêt sur les rives du Bafing, c'est bien cela. Sinon les étrangers sont nombreux chez nous. La façon dont les gens font des champs de riz à perte de vue dans le parc du mont Gba dont a parlé le grand frère, cela se fait partout. Quand tu vois le champ de riz de certaines gens, ça s'étend sur plusieurs hectares. Actuellement sur les rives du Bafing, il y a suffisamment de riz. Les gens ne font faire que de grands champs. Mais penser que le bois que nous avons coupé, il faut le remplacer, beaucoup de personnes n'ont pas cette idée. Donc moi je ne serai pas long dans mes propos. Ceux qui nous envoient les projets de reboisement, si cela est bien soutenu et appuyé pour que nos parents s'y mettent, je pense que ce sera une bonne chose. La forêt qu'il y avait le long des rives du fleuve Bafing et qui a disparue peut renaître. Je vais être court dans mes propos. Donc je m'arrête là.




Intervention de Goh Soupou Mardochée


G.S.M. : Moi aussi je ne vais pas être long dans mes propos. Je m'appelle Soupou. Je suis du village de Kpata. Nous souhaitons la bienvenue à notre frère Gérôme. Je le remercie pour son intervention. Ce qui se passe au Gabon, quand il l'a expliqué, nous l'avons compris. Mais comment faire pour que ces choses se fassent chez nous ici, c'est cela la question. Ceux qui ont intervenu avant moi l'ont souligné. Pour ma part, ce que je peux dire, comme lui il sait beaucoup de chose concernant la protection de la forêt, moi, je veux lui faire une doléance. C'est de lui demander de nous aider à sortir le pays toura de la situation dans laquelle elle est actuellement. Comment faire pour que l'exploitation du bois s'arrête un temps soit peu. Qu'il nous montre ce chemin. Ceux qu'il connaît  et qu'il sait qu'ils peuvent nous aider, qu'il nous conduise à eux pour qu'ils viennent nous aider. Sinon que pourrai-je dire d'autre. Même avant la guerre, ceux qui sont nos gouvernants sur qui on pouvait compter pour que la déforestation n'ait pas lieu, c'est eux qui encourageaient en quelque sorte l'exploitation de la forêt. Et pour cause lorsqu'ils parlent d'enquête de, comment cela se disait ?


S. R. L : commodo et incommodo.


G.S.M : Voilà. Lorsqu'ils font la délimitation de la parcelle à exploiter, et qu'ils disent : si vous allez, voici la limite. Respectez cette limite. Après quoi, ils demandent que les exploitants forestiers leur donnent des pots de vin. Quand ils finissent de prendre cet argent avec les exploitants forestiers, je me rappelle une fois où nous étions au village. Il y avait un gros arbre proche de la caféyière de mon père. Les forestiers voulaient couper ce bois. Mais nous leur avons opposé un refus. Nous avions surveillé ce bois toute la journée. Ce jour-là, ils n'ont pas pu le couper. Mais une fois la nuit tombée, ils sont venus et l'on abattu. Ils l'ont emporté cette même nuit. Nous avons suivi la trace de la grume et arrivé là, ils étaient en train de le charger sur le grumier. Quand nous nous sommes plaint, ils nous ont répondu qu'ils ont déjà pay le dédommagement auprès de l'autorité. Nous autre n'avons aucun pouvoir pour aller devant l'autorité. Nous n'étions pas les seuls à être dans cette situation. Beaucoup de personnes étaient dans le même cas que nous. Cela étant, ceux sur qui on peut vraiment compter pour nous faire sortir de cette situation, mettre un bémol à l'exploitation de la forêt, ils ne le font pas. Ils ne savent même pas peut-être quelle est la rentabilité de la forêt. Sinon s'ils connaissaient la rentabilité des forêts, ils se seraient portés défenseurs de la forêt. Mais tout ce qu'ils savent, c'est de prendre des pots de vin avec les exploitants forestiers. Le Blanc parle d'expérience. Comme notre ami Gérôme est un expérimenté en la matière, aidez-nous pour que l'exploitation de la forêt s'amenuise. Je dirai même qu'il faut faire en sorte que ça s'arrête. Chez nous au pays toura ici, au moment où moi je grandissais, c'est vrai que nous avons des montagnes ici chez nous. Au sommet de ces montagnes se trouvait la forêt. Et entre les montagnes, au pied de ces montagnes, nous avions des forêts. Mais de nos jours, si on peut trouver la forêt au sommet des montagnes, c'est en une petite superficie. Souvent parce qu'il y a beaucoup de cailloux sur ces montagnes, les exploitants se voient empêchés d'accéder aux bois. C'est pourquoi ils les laissent. Les arbres qui se trouvent dans des plaines, ils n'hésitent pas à les prendre. Cela étant, vu cette façon de détruire la forêt, nous autres, ça nous donne de la peine. Quand on voit que la production vivrière est en baisse et qu'il pleut moins de nos jours, on a de la peine. La raison de cette faible pluviométrie étant la destruction de la forêt. Aidez-nous, car vous avez des rapports que nous autres nous n'avons pas. Donc aidez-nous. Je m'arrête là.


S. R. L : bon, ee, ɛ̀ɛ̀ án n pe peà kwí-wʋ̀ʋ̀ gí.


Bon, moi je vais parler en français.



[Monsieur Samouka Rémi Loua donne un témoignage de la situation de l’exploitation forestière sans loi, telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui en pays Toura où les parents sont grugés et n’ont que leurs yeux pour pleurer, tant l’Etat ne joue plus le rôle régalien qui devrait être le sien dans cette zone. En effet, des exploitants sont rentrés dans leurs forêts, ont procédé à des coupes de deux pieds d’Acajou () et détruit 13 plants de cacao. Par un calcul dont eux seuls ont le secret, ils auraient remis une somme de 4000 Frs à ses parents. La situation de précarité dans laquelle se trouvent ceux-ci a fait qu’ils ont accepté cette somme dérisoire tout en sachant qu’elle ne correspondait en rien aux dégâts causés à leur forêt et plantations. Monsieur Samouka, très amer face à de telles situations demande que la commission à mettre en place puisse pouvoir entrer en contact avec les exploitants forestiers pour la mise en place d’un cahier de charges tenant compte de l’intérêt des villageois qui se voient ainsi déposséder de la manière la plus arbitraire de leur forêt.]G. S. M : .


C'est parce que la dame était sortie sinon je voulais m'exprimer en français.


Intervention de Joseph Baya


B.J. :


 


Bon, je lève mon doigt.


Plusieurs :


D'accord.


T. B. :


Je n'ai pas compris


G.T. : rire


B. J :


&n